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Mon employeur n’a pas fait la portabilité : réclamer le maintien et les remboursements

Jean-Malo Kerjan 8 min de lecture
Mon employeur n'a pas fait la portabilité : lettre recommandée et factures, maintien et remboursements

Votre mutuelle apparaît résiliée après votre départ de l’entreprise ? Un oubli de l’employeur ne supprime pas votre droit à la portabilité si vous remplissez les conditions légales. Contactez sans attendre l’ancien employeur et l’assureur, transmettez vos justificatifs France Travail et demandez une régularisation depuis la date de fin du contrat. Conservez aussi chaque facture de soins : elle pourra servir à obtenir un remboursement ou à établir votre préjudice.

Vérifier votre droit avant de contester la coupure

L’article L.911-8 du Code de la Sécurité sociale prévoit le maintien gratuit des garanties collectives de complémentaire santé et, lorsqu’elles existaient, de prévoyance. Cette dernière couvre notamment certains risques liés à l’incapacité, à l’invalidité ou au décès. La portabilité est un droit légal sous conditions, non une faveur accordée par l’entreprise.

Calcul de la durée théorique de portabilité

Saisissez les deux durées demandées pour obtenir une estimation fondée sur la formule applicable.

Une durée décimale est acceptée. Elle sera arrondie au mois supérieur.
ConditionVérification concrète
Avoir bénéficié des garanties collectivesVos droits étaient ouverts chez cet employeur avant votre départ.
Avoir une rupture ouvrant droit à l’assurance chômageFin de CDD, rupture conventionnelle ou licenciement peuvent notamment être concernés.
Ne pas avoir été licencié pour faute lourdeLa faute lourde est exclue ; la faute grave ne l’est pas à elle seule.
Justifier votre situation auprès de l’assureurTransmettez les documents France Travail établissant vos droits, puis les justificatifs demandés pendant le maintien.

Une démission ordinaire n’ouvre généralement pas immédiatement droit au dispositif. Une démission légitime reconnue peut, en revanche, permettre d’en bénéficier. Pour une rupture de période d’essai, il faut également vérifier les droits au chômage : le seul intitulé de la rupture ne suffit pas.

Quelle durée et quel coût ?

Le maintien commence à la cessation du contrat. Sa durée correspond à la période d’indemnisation chômage, dans la limite de la durée du dernier contrat, ou des contrats consécutifs chez le même employeur. Elle s’apprécie en mois, avec arrondi au mois supérieur, et ne dépasse jamais 12 mois. Il ne faut donc pas confondre ce calcul avec une ancienneté minimale générale d’un mois.

Aucune cotisation supplémentaire n’est due par l’ancien salarié : le financement repose sur la mutualisation. Les ayants droit déjà couverts au moment du départ bénéficient également du maintien dans les conditions légales.

Identifier le blocage avec l’employeur et l’assureur

L’employeur doit signaler le maintien des garanties dans le certificat de travail et informer l’organisme assureur de la cessation du contrat. De votre côté, vous devez justifier que vous remplissez les conditions. Une carte de tiers payant désactivée peut ainsi révéler une déclaration manquante, mais aussi un dossier incomplet chez l’assureur.

  1. Écrivez aux ressources humaines : demandez la date de transmission à l’assureur et un certificat rectifié si la mention de portabilité manque.
  2. Contactez directement l’assureur : faites préciser par écrit le motif du blocage, les pièces attendues et la période concernée.
  3. Transmettez les justificatifs : certificat de travail, notification d’ouverture des droits France Travail, attestations de paiement disponibles et référence de l’ancien contrat collectif.
  4. Demandez la régularisation rétroactive : sollicitez une confirmation des dates de couverture et la procédure de réexamen des soins refusés.

L’attestation employeur destinée à France Travail ne prouve pas, à elle seule, votre admission à l’assurance chômage. Si la décision est encore attendue, indiquez-le et demandez les modalités de traitement provisoire du dossier. L’absence de mention sur le certificat de travail ne suffit pas non plus à faire disparaître un droit légal.

Constituez une capsule documentaire : un dossier unique contenant une chronologie datée, les pièces envoyées, les accusés de réception et les refus de remboursement. Nommez chaque fichier avec sa date et son objet. Cette « photographie » de votre situation permet à un nouveau gestionnaire, un défenseur syndical ou un avocat de comprendre immédiatement où la chaîne administrative s’est interrompue, sans vous faire recommencer toutes les démarches.

Envoyer une mise en demeure qui demande une régularisation précise

Si les échanges restent sans résultat, adressez à l’ancien employeur une lettre recommandée avec accusé de réception. Décrivez les faits sans accusation inutile et formulez des demandes vérifiables. Vous pouvez fixer un délai de huit jours pour répondre ; il s’agit d’un délai demandé, pas d’un délai légal universel.

Le modèle suivant doit être adapté à votre situation :

Objet : mise en demeure de régulariser la portabilité de mes garanties collectives

Madame, Monsieur, mon contrat de travail a pris fin le [date], à la suite de [motif]. Je bénéficiais des garanties collectives sous la référence [référence] et ma situation ouvre droit à une prise en charge par l’assurance chômage, comme l’établissent les justificatifs joints.

Or, l’organisme assureur m’indique [motif du blocage ou date de radiation]. Malgré ma demande du [date], la situation n’est pas régularisée.

Sur le fondement de l’article L.911-8 du Code de la Sécurité sociale, je vous mets en demeure d’accomplir les formalités relevant de votre responsabilité pour permettre le maintien de mes garanties à compter de la cessation de mon contrat. Je vous demande également [si nécessaire : la rectification de mon certificat de travail] et une confirmation écrite de vos démarches sous huit jours à réception de ce courrier.

Je sollicite la régularisation de la période concernée et me réserve la possibilité de demander réparation du préjudice justifié résultant de ce manquement. Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées. [Identité, coordonnées, signature et liste des pièces jointes.]

Si le refus vient de l’assureur malgré un dossier complet, utilisez aussi son service réclamations. Demandez une décision motivée précisant les dispositions invoquées ; une médiation peut ensuite être envisageable selon la procédure applicable.

Faire valoir vos recours et chiffrer les frais non remboursés

Lorsque le blocage relève de l’employeur, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes, sans obligation d’avocat. La requête doit présenter vos demandes et leurs motifs, avec les justificatifs et un bordereau de pièces. Le greffe peut renseigner sur les modalités de dépôt ; un défenseur syndical ou un avocat peut vous aider à construire l’argumentation.

Un référé peut être envisagé lorsque ses conditions sont réunies, notamment face à une obligation non sérieusement contestable ou à un trouble manifestement illicite. Ce n’est pas une garantie d’activation immédiate. Le juge peut, selon le dossier, ordonner des démarches de régularisation, éventuellement sous astreinte. Un litige directement dirigé contre l’assureur ne relève pas automatiquement des prud’hommes.

Distinguez deux demandes : le remboursement contractuel des soins par l’assureur après rétablissement des garanties, et l’indemnisation d’un préjudice imputable à l’employeur. Conservez factures acquittées, décomptes de l’Assurance maladie, refus et éventuelles cotisations de remplacement. Une indemnisation n’est pas automatique : il faut établir le manquement, le dommage et leur lien, sans double remboursement.

Agissez rapidement : les délais de prescription varient selon la nature de l’action. Ne retenez pas un délai unique pour toutes vos demandes.

Éviter une nouvelle rupture de couverture

Un différé d’indemnisation ou un délai d’attente ne doit pas être confondu avec une absence de droit au chômage. De même, quelques jours non indemnisés pendant une mission d’intérim ou une reprise à temps partiel exigent un examen précis. Transmettez les décisions France Travail et demandez une réponse écrite : toute reprise d’emploi ne met pas mécaniquement fin au maintien si une prise en charge chômage subsiste.

Signalez néanmoins tout changement : la fin de cette prise en charge ou l’atteinte de la durée maximale peut arrêter la portabilité. En cas de liquidation judiciaire de l’entreprise, contactez le liquidateur et l’assureur ; la liquidation n’exclut pas à elle seule le dispositif, mais la situation du contrat collectif doit être vérifiée.

Si aucune couverture complémentaire n’est confirmée, examinez provisoirement la mutuelle du conjoint, une mutuelle individuelle ou la Complémentaire santé solidaire selon vos ressources. Vérifiez les dates d’effet et les conditions de résiliation avant de souscrire. L’absence de mutuelle ne supprime pas vos droits à l’Assurance maladie, mais peut laisser un reste à charge important.

Jean-Malo Kerjan

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